L'expédition devait se dérouler en 4 parties:
C'est grâce à leur kayak qu'Alex et Emmanuel ont réussi à gagner l'embouchure d'une rivière, trouvant leur chemin à travers un dédale mouvant de glaces flottantes. C'est ici que commençait la partie la plus difficile: le portage de leur matériel jusqu'au plateau du Campo de Hielo Sur. Il fallait monter 120 kg d'équipement par personne, d'abord sur un terrain morainique déjà partiellement colonisé par la jungle de l'arctique, le brush, puis à travers les crevasses du Jorge Montt lui même. Au dire de beaucoup d'alpinistes, ce sont les plus grandes crevasses du monde, plus impressionnantes même que celles de l'Antarctique. Ils ont progressé avec des sacs de 30 à 40 kg à travers un véritable labyrinthe de glace, cherchant leur chemin entre les crevasses sur des crêtes de glace ou de neige parfois instable, jouant aux équilibristes et aux sautes crevasses dans un univers vertigineux où la pluie est reine. Après 10 jours de portage éprouvant ils devaient constater que le passage sur la calotte était impossible. Un vaste champ de crevasses à moitié bouchées par des ponts de neige incertains devenait trop risqué à traverser. Alex et Emmanuel ont quand même pu poser le pied sur le seuil de la grande calotte glaciaire, mais sans leur équipement, en reconnaissance. Durant les 3 heures qu'a duré cette approche finale, ils ont traversé des gouffres sans fond, en rampant sur des bouchons de neige pourries, qui parfois cédaient sous un de leur membre. La décision a été difficile à prendre: il fallait faire demi tour et affronter encore une fois le terrible Jorge Montt.
Dix jours de plus de portage sous la pluie, devant faire face à de nouvelles facéties. En effet, lors de leur repli, leur matériel trop éprouvé par les conditions extrêmes de l'expédition a commencé à céder. Ce fut d'abord le sac de montagne d'Alex qui chaque jour se déchirait un peu plus, puis leur crampons qui se sont brisés, usés par trop de charge et de sauts. C'est le début de trois longs jours de peur où à chaque pas ils se sont demandés si leur crampons allaient tenir. La moindre défaillance et c'était une chute fatale: "nos mains se crispaient d'autant plus à notre piolet et nos bras frappaient, frappaient et frappaient de toute leur force à longueur de journée". La situation était tellement périlleuse qu'ils ont décidé d'abandonner leur pulkas et leur skis à seulement 5 heures de marche de la sortie du glacier. Finalement, ils ont regagné la mer et ont réussi à naviguer sur une mer déchaînée jusqu'à une habitation le long du fjord. Il leur a encore fallu 3 jours pour regagner la civilisation.